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- Volume 21 -

 

CAJOLER

Le marquis de Sade ne faisait pas secret de son admiration particulière pour l'adjectif universel, qu'il employait souvent, probablement séduit par l'ampleur et la puissance de son paradigme. Le présent volume de LVDV voudrait ainsi rendre hommage à une autre grande plume du 18e siècle, Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, la référence pour ceux qui s'occupent à déchiffrer ou décrire les tortures de l'amour, la conversation des sexes, la duplicité et l'innocence, le cynisme et l'idéal. Il est vrai que Balzac lui-même, y compris dans son éclatante étude La duchesse de Langeais, apparaît un peu pâle en comparaison.

Laclos raffole du verbe cajoler et de ses dérivés substantifs, nous n'en rapporterons que certaines instances :

"Ah! fripon, vous me cajolez, de peur que je ne me moque de vous !" (Lettre XX - La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont)

"J'ai fini [ma lettre] par une cajolerie, et c'est encore une suite de mes profondes observations. Après que le coeur d'une femme a été exercé pour longtemps, il a besoin de repos;" (Lettre LXX - Le vicomte de Valmont à la marquise de Merteuil)

"... et j'espère que ma réponse la dégoûtera. J'y parle tant vertu, et surtout je la cajole tant, qu'elle doit trouver que j'ai raison." (Lettre CVI - La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont)

"Il me semble même que cette marche franche et libre, quand elle est fondée sur une ancienne liaison, est bien préférable à l'insipide cajolerie qui affadit si souvent l'amour." (Lettre CXXIX - Le vicomte de Valmont à la marquise de Merteuil)

Balzac n'ignore pas non plus ce verbe, qu'il utilise pronominalement: "...il est fort inconvenant de se cajoler mutuellement au balcon de l'entre-sol, comme tu le fais avec la marchande de vin" (Oeuvres diverses, t. 1, 1850). Flaubert lui, en fait éclore le sens tropologique : "Il apprenait à caresser les grands et à cajoler les forts" (L'Education sentimentale, 1845). Simone de Beauvoir lui restitue le référent enfantin : "...trop âgée pour me faire caresser, câliner, cajoler par [les adultes], j'avais de leur approbation un besoin de plus en plus aigu." (Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958). On notera ici la série verbale allitérante visant en fait à expliciter le verbe cajoler, somme toute assez mystérieux.

Les hommes de la Renaissance utilisaient le verbe gayoler (du picard gaiole, geôle) pour décrire le caquètement d'un oiseau (un geai), sa manière de babiller (cf. LVDV Vol.10). Une école voit dans cajoler un dérivé de l'anthroponyme Jacques, qui désigne dans certains dialectes une pie (d'où jacasser). Mais on estime généralement que le verbe cajoler est issu de la conflation de cage et du verbe enjôler (le préfixe factitif en surdéterminant ici le substantif geôle).

Ce verbe-valise signifie donc littéralement attirer, entraîner vers une cage par des vocalises, un sifflet enjôleur. Le glissement naturel vers sa signification classique est ainsi évident : séduire par des paroles flatteuses, entourer de prévenances afin de mener à bien ses objectifs, et satisfaire ses intérêts.

Ce Damien, pensait-elle, encore assez candide pour espérer me cajoler de paroles flûtées, si téléphonées...

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