TROPES
ET FIGURES
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GEMINATION
(geminatus,
double).
Redoublement
de la syllabe initiale dans les formations du type bêbête,
fifille.
Ex.
: Il donnerait un gros bécot à sa petite fafemme adorée
(Joyce).
La
gémination, comme l’aphérèse,
caractérise le langage enfantin : dodo, neznez etc. Ainsi,
constitue-t-elle le mode ordinaire de formations des diminutifs : Cricri
pour Christine, Jojo pour Joël, Bébert pour
Hubert.
La
gémination a facilement une valeur péjorative ou dépréciative.
En
phonétique, c’est la consonne doublée, qui comporte un
intervalle entre la tension et la détente : elle l’a vu
comparé à elle a vu. Voir à métaplasme.
HENDYADIN
(gr.
hen dia duoin, un au moyen de deux).
Remplacer
un nom accompagné d’un adjectif ou d’un complément par
deux noms unis au moyen d’une conjonction (Lexis).
Ex.
: Boire dans des patères et dans de l’or, pour boire dans
des patères d’or.
Autre
déf. : Figure de rhétorique qui consiste à dissocier
en deux noms coordonnés une expression unique (nom et adjectif
ou nom et complément) (Robert).
Ex.
: Un temple rempli de voix et de prières (Lamartine).
Autre
définition : Dissocier en deux éléments, coordonnés,
une formulation qu’on aurait attendue normalement en un seul syntagme
dans lequel l’un des éléments aurait été
subordonné à l’autre (Dupriez).
Ex.
1 : Avec un sourire hardi, elle tendit une pièce et son poignet
massif (Joyce).
Ex.
2 : Elle et ses lèvres racontaient (Eluard).
Même
si chacun des éléments implique déjà l’autre,
le procédé les met en lumière séparément.
La
reformulation n’est pas toujours en un seul syntagme avec subordination
directe : C’était ce matin-là dimanche, et l’inauguration
du jardin zoologique de Chaillot (Queneau).
HIATUS
(latin
: ouverture)
Rencontre
de deux voyelles, surtout si elles sont semblables ou proches.
Ex.
1 : Et toi, qui en misères as abondance (Michaux).
Ex.
2 : Chacun a eu et a à l’égard de l’événement
sa responsabilité (6 voyelles ou sons vocaliques entraînant
des enchaînements vocaliques).
Autre
ex. : Il dîna à Amiens.
Certains
hiatus ont été lexicalisés : broc à eau
[o-a-o], brouhaha [u-a-a].
Voir
aussi à kakemphaton, paréchème
et pataquès.
HYPALLAGE
On
paraît attribuer à certains mots d’une phrase ce qui appartient
à d’autres mots de cette phrase, sans qu’il soit possible de
se méprendre au sens : Enfoncer son chapeau dans sa tête,
pour enfoncer sa tête dans son chapeau.
Autre
ex. : Son discours menace d’être long (c’est l’orateur
qui menace).
Reboul
classe l’hypallage comme une figure de sens consistant à déplacer
une attribution : Sa gerbe n’était point avare ni haineuse
(Hugo).
Autre
ex. : Ils allaient obscurs par la nuit solitaire, dans l’ombre
(Virgile).
Lexis
: Procédé par lequel on attribue certains mots d’une phrase
ce qui convient à d’autres : Ce marchand accoudé sur
son comptoir avide (Hugo).
Autres
exemples, cités par Dupriez : Trahissant la vertu sur un papier
coupable (Boileau); Mais je ne vais pas te raconter la pièce,
boulot transpirant (Audiberti).
Comme
l’énallage
(changement de temps, de pronom ou de personne), l’hypallage est en
apparence un défaut.
Les
surréalistes l’utilisent pour créer des concordances irréfutables
: Le lit dormait d’un sommeil profond (Harp). Larguez les
continents, hissez les horizons (Ducharme).
HYPERBOLE
Augmenter
ou diminuer excessivement la vérité des choses pour qu’elle
produise plus d’impression : un vacarme à réveiller
les morts.
Autres
noms : emphase, exagération, charge, superlation, auxèse
(Barthes).
L’hyperbole
va généralement dans le sens de l’augmentation plutôt
que de la diminution ou de l’atténuation, qui sont plutôt
le domaine de la litote (dire moins pour
signifier plus).
L’hyperbole
excessive conduit à l’adynaton.
L’hyperbole
est marquée par des affixes augmentatifs : préfixes (super-,
hyper-, extra-, maxi- etc.) ou suffixes (-issime); par des périphrases
de comparaison, des accumulations de superlatifs, d’expressions exclusives
: inexplicable, unique, impensable, une bêtise incommensurable
etc. Rouquin comme un Irlandais peint par Van Gogh (San Antonio).
La
langue courante contient beaucoup d’hyperboles endormies : un travail
titanesque; c’est à se casser la tête contre les
murs; couper les cheveux en quatre; clouer le bec; conte à dormir
debout etc.
Pour
Reboul, c’est une figure exagérée pour mieux exprimer
: Je suis mort ! Il précise que l’auxèse est
une hyperbole au sens positif, ce géant, alors que la
tapinose a un sens négatif, ce nain.
KAKEMPHATON
Rencontre
de sons par liaison ou enchaînement d’où résulte
un énoncé déplaisant.
Ainsi
dans le vers de Corneille : Je suis romaine, hélas, puisque
mon époux l’est [mon nez-poulet].
Autre
ex. : Fruits purs de tout outrage [toutou] (Baudelaire). Elle
put, inviolable, résister [putain].
Le
subjonctif est d’un emploi délicat et son usage frise parfois
la cacophonie : Bien qu’il ait été à elle
[ait tété à elle].
Autre
ex. : Ah! plût à Dieu que tu susses ! (Bossuet,
Sermon sur la bonté et rigueur de Dieu à l'égard
des pécheurs).
Voir
aussi à hiatus, paréchème
et pataquès.
LITOTE
(bas
latin litotes, mot grec, simplicité).
Se
servir d’une expression qui dit moins pour faire entendre plus.
Ex.
: Va, je ne te hais point (= je t’aime) (Corneille).
Autre
ex. : La grande modestie de l’homme n’est pas apparente dans ses
blasons (Michaux).
Autre
déf. : Emploi d’une expression, d’un terme qui atténuent
la pensée et suggèrent beaucoup plus qu’on ne dit (Lexis)
: Ce n’est pas très bon, pour c’est mauvais; Il ne
m’est pas antipathique, pour il m’est sympathique.
Certains
théoriciens définissent la litote comme une combinaison
de la périphrase et de l’ironie.
La
litote est associée avec le laconisme (couper les détours
expressifs) et la sobriété, on dit beaucoup en
peu de mots, on reste en deçà de la substance à
exprimer. C’est une atténuation reconnue comme fausse, simulée.
Comme
pour l’antiphrase,
c’est le contexte et l’intonation qui permettent de débusquer
la litote. Elle se dit sur un ton de constatation minimale, indéniable,
qui implique la possibilité d’en dire plus : On ne mourra
pas de faim aujourd’hui.
Dupriez
suggère que L’Etranger de Camus, la diction de Juliette
Gréco ont été des prototypes de ce style que l’existentialisme
a véhiculé précisément parce qu’il mettait
l’accent sur le contexte, la situation. C’est l’écriture blanche,
le degré zéro de l’écriture.
La
litote prend toutes les formes de l’atténuation (y compris l’euphémisme,
qui consiste à masquer le désagréable), et en particulier
celle de la négation du contraire en langue courante : Ce
n’est pas souvent que; c’est pas rigolo; c’est pas pour demain; c’est
pas l’idéal; ça ne sent pas la rose.
Elle
est également, et paradoxalement, un mode de soulignement :
Quand
je suis gai, moi, ce n’est pas à moitié (Ducharme).
Reboul
la qualifie de figure consistant à remplacer un signifié
par un autre moins fort : je suis un peu las, pour très
fatigué. Comme c’est souvent le cas, la litote procède
par négation d’une hyperbole
: Non, le docteur X n’a pas encore tué tous ses malades.
METALEPSE
(metalepsîs,
transposition).
Faire
entendre une chose par une autre, qui la précède, la suit
ou l’accompagne, en est une circonstance quelconque ou enfin s’y attache
ou s’y rapporte de manière à la rappeler aussitôt
à l’esprit (Fontanier).
Ainsi,
l’emploi d’entendre au sens de comprendre, d’écouter
au sens d’obéir.
Autre
déf. : Figure par laquelle on fait entendre l’antécédent
[ou la cause] par le conséquent (Lexis) : Hélas! nous
le pleurons pour Hélas ! il est mort; ou inversement,
le conséquent par l’antécédent : Ils ont vécu
pour ils n’existent plus, ils sont morts.
D’après
Dupriez, la métalepse ne serait qu’une métonymie
si elle portait sur une proposition, mais elle n’est constituée
que d’un léxème (i.e., morphème lexical – table,
chaise, pied etc., par opposition à morphème grammatical
– de, le, avec etc.).
Reboul
définit la métalepse comme une figure consistant à
remplacer le nom d’une chose ou d’une personne par une suite de métonymies
: celui que nous pleurons pour le mort. Autre exemple tiré
de l’Ecclésiaste : Quand la porte est fermée sur la
rue, quand tombe la voix du moulin, quand se tait le chant de l’oiseau
(…), quand on redoute la montée et qu’on a des frayeurs en chemin,
obscure et terrible métalepse pour dire : quand on est vieux.
Cette figure nomme la vieillesse par ses effets : cécité,
surdité, fatigue etc.
METAPHORE
(lat.
metaphora, transport).
C’est
le plus élaboré des tropes, car le passage d’un sens à
l’autre a lieu par une opération personnelle fondée sur
une impression ou une interprétation et celle-ci demande à
être trouvée, sinon reconnue, par le lecteur (Dupriez).
Bien
qu’il s’emploie aussi dans un sens élargi, le mot métaphore
n’est pas, au sens strict, synonyme d’image littéraire : en fait,
il en est la forme la plus condensée, réduite à
un terme seulement. En effet, à la différence de l’allégorie,
il a un phore [comparant] unique, quoique celui-ci puisse être
évoqué par plusieurs mots. A la différence de la
comparaison,
ce phore est mêlé syntaxiquement au reste de la phrase,
où se trouve habituellement l’énoncé du thème
[le comparé].
Ex.
1 : Je parle un langage de décombres où voisinent les
soleils et les plâtras (Aragon).
Ex.
2 : Je raye le mot comme du dictionnaire (Mallarmé), autrement
dit, je préfêre la métaphore à la comparaison.
L’objectif de Mallarmé était en fait d’aller jusqu’au
bout, de supprimer aussi le phore, c’est-à-dire le comparant.
Cette opération devait être l’aboutissement de la quintessence,
un poème qui aurait dit absolument tout, avec rien, un livre
blanc, vierge.
Les
métaphores s’usent, vieillissent, perdent leur pouvoir, évoquant
de plus en plus leur thème, devenant alors des clichés,
ainsi ces vers de Baudelaire :
Heureux
celui qui peut, d’une aile vigoureuse [thèmes : l’imagination,
l’esprit].
S’élancer
vers les champs lumineux et sereins [thèmes : les cieux,
la liberté, la paix].
Autre
déf. : Procédé par lequel on transporte la signification
d’un mot à une autre signification qui ne lui convient qu’en
vertu d’une comparaison sous-entendue (Lexis) : Brûler de désir,
la lumière de l’esprit.
Pour
Reboul, la métaphore est une figure de sens qui consiste à
remplacer le nom d’une chose par un autre qui lui ressemble: L’Eternel
est mon rocher pour mon sûr appui. La métaphore porte
sur des termes hétérogènes. Si l’on considère
que la métaphore est une comparaison abrégée –
est pour est comme – la phrase suivante n’est pourtant
pas une métaphore : L’eau est [comme] un glaçon.
Par contre, Sylvie est un glaçon constitue une métaphore
en raison du rapport hétérogène entre Sylvie et
glaçon.
METATHESE
Altération
d’un mot par déplacement, inversion d’une lettre ou d’un élément
phonétique.
Ex.
: Blouque pour boucle.
Provincialisme
: La moitié ed la France (Claudel).
Terme
de l’ancienne grammaire, qui pourrait désigner certains bredouillements
comme insluter, Rébénice, Nomitaure.
Queneau
a travaillé sur ce thème dans ses Exercices de
Style : Un juor vres miid, sru la palte-frome aièrrre
d’un aubutos…
L’ancien
français formage s’est lexicalisé ensuite en fromage.
METONYMIE
(metonumia,
changement de nom).
Trope
qui permet de désigner quelque chose par le nom d’un autre élément
du même ensemble, en vertu d’une relation suffisamment nette.
Ex.
courant : Avoir les yeux plus grands que le ventre.
Ex.
: Le phallus en ce siècle devient doctrinaire (Michaux),
pour : L’instinct sexuel sert aujourd’hui de principe moral (ou d’explication
universelle);
Autre
ex. : Un sentiment tricolore intense (Claudel) pour patriotique.
On
peut inventorier quelques catégories de métonymies :
-
La cause pour l’effet : D’une plume éloquente, pour un
style éloquent; Une Diane de marbre pour une statue de
marbre de Diane; Un Rembrandt pour un tableau de ce peintre;
Sa bonne étoile pour sa destinée; Avoir des
bontés pour qqn pour des actes de bonté envers qqn.
Voir métalepse.
-
L’instrument pour celui qui l’emploie : Le second violon pour
le second violoniste.
-
L’effet pour la cause : Boire la mort pour boire un breuvage
empoisonné.
-
Le contenant pour le contenu : Boire un verre, une bouteille.
-
Le lieu pour la chose : La Maison blanche, le Quai d’Orsay etc.
Voir antonomase.
-
Le signe pour la chose : Le trône. le sceptre, la couronne
pour le pouvoir royal; une veille barbe pour une personne âgée.
-
Le physique pour le moral : Rodrigue, as-tu du coeur pour du
courage; avoir peu de cervelle pour de l’intelligence.
-
Le maître pour l’objet : les noms de localités par exemple
: Saint-Denis, Saint-Michel etc.
-
L’objet propre pour la personne : Deux perruques pour deux hommes
portant des perruques.
Dupriez
commente que les tropes principaux, métaphore,
metonymie et synecdoque,
enseignés et commentés depuis vingt-cinq siècles,
ont peut-être constitué à l’origine un ensemble
logique, mais il se définissent aujourd’hui plus en extension
qu’en compréhension. Beaucoup voient la synecdoque comme une
espèce de métonymie, mais on considère généralement
que la relation entre le terme propre et le terme figuré est
plus étroite dans le cas de la synecdoque que dans la métonymie.
Fontanier parle de connexion, Genette de contiguïté, Morier
d’inclusion. Il est possible que c’est dans le cas de la métaphore
que l’écart entre propre et figuré s’élargit au
maximum (rapport hétérogène des termes); ainsi
la synecdoque serait-elle le trope minimal.
Pour
Reboul, c’est un trope qui permet de désigner un objet par le
nom d’un autre ayant avec lui un lien habituel. Son pouvoir argumentatif
est avant tout celui de la dénomination, qui fait ressortir la
chose qui intéresse l’orateur. Exemple de métonymie valorisante
: Le trône et l’autel; ou dépréciative :
Le sabre et le goupillon, pour la collusion entre l’armée
et l’église; plus que les autres tropes, la métonymie
est créatrice de symboles : La
faucille et le marteau.
Autre
déf. : Procédé qui consiste à nommer un
objet au moyen d’un terme désignant un autre objet uni au premier
par une relation logique ou simplement habituelle. La métonymie
exprime l’effet par la cause, le contenu par le contenant, le tout par
la partie (c’est plutôt la synecdoque)
: Il vit de son travail pour il vit grâce au fruit de son
travail; La ville, pour les habitants de la ville.
MOT-VALISE
Amalgamer
deux mots sur la base d’une homophonie partielle, de sorte que chacun
conserve de sa physionomie lexicale de quoi être encore reconnu.
Ex.
: Se recroqueviller + s’emmitoufler = s’encroquemitoufler (Bécaud)
Syn.
: Bloconyme.
Autres
noms : Collage verbal, emboîtment lexical, amalgame, mot porte-manteau.
Antonymes
: Etymologie, mot dévalisé.
Le
but du procédé est souvent la syllepse
de sens.
Certains
mots-valises ont été lexicalisés : reddere + prendere
= rendre; calfater + feutre = calfeutrer. Ou d’autres existent dans
la nature, ainsi le croisement de la dinde et de la poule, la dindoule.
Le
mot-valise est proche du mot forgé et du paragramme.
ONOMATOPEE
(onoma,
nom et poiein, faire)
Mot
formé par harmonie imitative, dont le son est imitatif de la
chose.
Ex.
: Le frou-frou d'une robe; un plouf dans l'eau; le
tictac d'un réveil; le couac d'un canard.
Dupriez
remarque que les onomatopées sont des mots au même titre
que les autres, et non pas seulement des bruits, car il y a eu codification
de la graphie, de la grammaire du mot (genre, classement) et du sens.
En
bande dessinée, on utilise parfois la contre-onomatopée,
qui consiste à prendre des mots lexicaux pour illustrer des bruits,
e.g., gronde et craque, pour l’orage.
OXYMORE
Procédé
qui consiste à rapprocher deux termes dont les significations
paraissent se contredire.
Ex.
: Un silence éloquent.
Dupriez
range l’oxymore, ou oxymoron, ou antonymie parmi l’alliance de mots
contradictoires. L’orgueilleuse faiblesse d’Agamemnon dans l’Iphigénie
de Racine sont deux idées qui semblent incohérentes, mais
qui dans la réalité s’allient avec précision. Ce
qui distingue l’oxymore de la dissociation c’est que les qualités
opposées appartiennent néanmoins au même objet.
Les vocables s’opposent dans leur sens hors-contexte, le paradoxe
reste latent et il n’y a pas d’antilogie,
car en réalité, les sens ne sont pas incompatibles. Le
soleil noir de la mélancolie de Nerval est un astre
figuré. Par ailleurs, il est tout naturel de s’élancer
en avant derrière la musique (Joyce).
Reboul
assimile l’oxymore au paradoxisme. Figure consistant à associer
deux termes incompatibles, ou antinomiques : Cette obscure clarté
qui tombe des étoiles (Corneille). Cette figure est rendue
possible par la contradiction entre la doxa (opinion courante qui prévaut)
et l’énonciateur qui la contredit, par métaphore. Sophocle
qualifie Antigone de saintement criminelle : criminelle aux yeux
du pouvoir (Créon) mais sainte et innocente pour les dieux et
la conscience. On peut voir dans cette figure une dissociation condensée
entre l’apparence et la réalité.
PARADOXE
(para,
contre et doxa, opinion).
Opinion,
affirmation allant contre l’opinion commune (doxa), les habitudes
de pensée.
En
philosophie, contradiction à laquelle aboutit le développement
de certains raisonnements.
Ex.
: Les crimes engendrent d’immenses bienfaits et les plus grandes
vertus développent des conséquences funestes (Valéry).
Dupriez
distingue d’une part les paradoxes qui apparaissent comme vrai : Les
défauts de style de Molière ne sont pas seulement le revers
ou la rançon de ses qualités, ils en sont la condition
même. Il eût écrit moins bien, s’il avait mieux écrit
(Brunetière); et d’autre part les faux paradoxes, qui n’emportent
pas la conviction : Un borgne est bien plus incomplet qu’un aveugle.
Il sait ce qui lui manque (Hugo).
Le
paradoxe est une façon d’outrer la pensée, on cherche
à créer des oppositions qui forceront le lecteur, en le
provoquant, à réfléchir.
Une
recette efficace pour réussir un paradoxe consiste à inverser
un truisme, une évidence : Ce qu’il y a de plus profond
dans l’homme, c’est la peau (Valéry).
PARAPHRASE
Développement
explicatif d’un texte.
Sens
péjoratif : Explication, commentaire diffus, verbeux, qui ne
fait qu’allonger un texte sans l’enrichir. Dans cette dernière
acception, la paraphrase se rapproche de la battologie, de la
périssologie.
On
place généralement la paraphrase dans une section à
part, avec référence au texte; ou en bas de page, avec
appel de note, ou entre parenthèses, entre crochets. Elle peut
aussi faire partie du texte, avec un syntagme introducteur comme c’est-à-dire,
autrement dit, en d’autres mots etc.
PARISOSE
Equilibre
rythmique des deux membres d’une phrase (Reboul).
Ex.
: Boire ou conduire, il faut choisir (4 + 4).
C’est
une figure de rythme, une période
composée de deux membres de même longueur. Il va de soi
qu’une parisose est encore plus frappante si elle est composée
d’une figure de son, comme l’assonance.
PARONOMASE
(para,
à côté et onoma, nom).
Rapprochement
de mots dont le son est à peu près semblable, mais dont
le sens est différent.
Ex.
: Tu parles, Charles.
Autre
ex. : Lingères légères (Eluard).
Syn.
Annomination.
Autre
déf. : Figure qui consiste à rapprocher des mots dont
le son est à peu près semblable, mais dont le sens est
différent (Lexis) : Qui vivra verra; Qui se ressemble s’assemble.
La
paronomase est facilement confondue avec l’isolexisme, qui rapproche
des vocables qui appartiennent au même lexème : Je dis
durement des vérités dures (Bernanos); C’est ainsi
que l’on pénètre dans l’impénétrable
(Hugo). Mais on acceptera toutefois comme paronomase une similitude
étymologique : apprendre n’est pas comprendre.
Les
paronymes (mots quasi-homonymes) fournissent naturellement les meilleures
paronomases, mais non les seules valables, car l’extension d’une paronomase
va jusqu’à sa frontière, assez floue, avec l’allitération
: Un halo de haletante haleine (Joyce).
Certaines
paronomases, involontaires, frisent la cacophonie, voire le paréchème
: Cette parenthèse pourrait paraître par trop agressive.
La
pensée contemporaine, la psychanalyse, la critique littéraire
en usent abondamment : En train de former et de formuler l’idée
du sujet… Ce qu’on croyait être coïncidence est coexistence
(Merleau-Ponty).
La
paronomase aboutit souvent au calembour : Les premiers livres sont
les lèvres (Brisset).
Autre
déf. : Figure de mots provoquée par la répétition
d’une ou plusieurs syllabes : Traduttore, traditore, traduire c’est
trahir.
Reboul
classe la paronomase parmi les figures de son : l’allitération,
jeu sur les phonèmes, l’humeur, l’honneur, l’horreur (Simon
Leys), la grogne, la rogne et la hargne; la paronomase,
sur les syllabes; le calembour, sur les homonymies et l’antanaclase,
sur les polysémies, prenez votre coeur à coeur;
la dérivation opère dans le même sens que l’antanaclase,
associant un mot à un autre, de même racine : (les contestataires
de 68 empêchent) les étudiants d’étudier, les
enseignants d’enseigner et les travailleurs de travailler (de Gaulle,
mai 68).
PATAQUES
Faute
de liaison. La consonne qui apparaît n’est pas présente
graphiquement ou, si elle est présente, il n’est pas d’usage
de la faire entendre. L’emploi littéraire du pataquès
est évocateur soit du manque de culture du locuteur, soit de
parlers régionaux.
Ex.
1 : C’est sain-z-et sauf que le maire rejoignit ses employés
(Queneau).
Ex.
2 : Le roi qui va-t-à Reims (Claudel).
Ex.
3 : Tu es-t-allé où aujourd’hui ?
Ex.
4 : Les quatre-z-enfants.
Syn.
: Cuir, velours (désuet).
Sens
élargi : Toute faute de langage très évidente,
ou discours confus, inintelligible.
Le
pataquès peut servir à contourner certains hiatus
: Lorsque j’y ai zété (Vian).
La
faute de liaison fréquente avec le h dit aspiré
est une psilose : Des-z-Hollandais derrière des-z-haies et
des-z-haricots.
L’origine
du mot se situe probablement dans la forme je ne sais pas-t-à
qui est-ce.
Voir
aussi à kakemphaton et paréchème.
PEREGRINISME
Utilisation
de certains éléments linguistiques empruntés à
une langue étrangère. Il peut s’agir de sonorités,
de graphies, de mélodies de phrase mais aussi de formes grammaticales,
lexicales ou syntaxiques, voire même de significations ou de connotations.
Syn.
: Étrangisme, interférence, xénisme (désigne
une réalité propre à la culture étrangère
à laquelle ce mot est emprunté, e.g., le pub anglais).
On
distingue parmi les emprunts des anglicismes, des italianismes,
des latinismes, des hébraïsmes, des germanismes.
Le
sabir est le croisement de deux ou plusieurs langues, ou jargon : Le
Québec court le risque to lose sa langue and to disappear as
an authentic culture (cité par Dupriez, tiré d’un
journal d’étudiants de Montréal).
Poussé
à l’extrême, le procédé touche au baragouin,
qui pourrait aussi être nommé hybridation : Delmeuplistrincq
(Rabelais), pour donne-moi, s’il te plaît, à boire,
phrase composée d’une forme espagnole, puis anglaise, puis allemande.
PERIODE
Phrase
à mouvement circulaire, articulée et mesurée.
La
période a une protase (première partie) et une apodose
(deuxième partie), s’articulant autour d’un sommet, sorte de
césure médiane. La période se développe
en un schéma binaire ou parfois, ternaire. En effet, au centre
de la période, un membre peut venir faire pendant à la
protase : c’est l’antapodose. La dernière proposition est appelée
clausule.
Ex.
: La plus noble conquête que l’homme ait jamais faite (protase,
13) est celle de ce fier et fougueux animal (antapodose, 13)
qui partage avec lui les fatigues des guerres (apodose, 13) et
la gloire des combats (clausule) (Buffon).
Bénac
distingue trois types de périodes :
-
la période carrée, à quatre membres;
-
la période ronde, dont les membres sont unis étroitement
et donnent une impression d’harmonie (parfois aux dépens de la
pertinence du sens, d’où le sens péjoratif de l’expression
arrondir ses périodes). La période ronde est souvent
binaire, avec parallélisme des membres et même reprises,
c’est la parisose. Dans ce type de phrase, les membres égaux
sont des isolocons;
-
la période croisée, dont les membres sont opposés
deux à deux en antithèses.
La
période représente l’idéal de l’écriture
antique (atticisme) parce qu’elle constitue une victoire sur l’incohérence
spontanée de la pensée et de l’expression.
PERIPHRASE
Au
lieu d’un seul mot, on en met plusieurs qui forment le même sens.
Ex.
: L’oiseau de Jupiter pour l’aigle.
Autres
ex. : Le plancher des vaches pour la terre; Cétait
l’heure tranquille où les lions vont boire (Hugo)
Fontanier
distingue la pronomination (désigner un nom, une chose
par un terme complexe et en plusieurs mots, e.g., l’aigle de Jupiter),
la périphrase (exprimer une pensée ou une phrase de manière
plus étendue, e.g., le vers de Hugo) et la paraphrase
(développement explicatif et verbeux d’un texte, souvent
considérée péjorativement), bien que la battologie
et la périssologie remplissent déjà ce rôle).
La
périphrase est utile lors d’un vide lexical : Aucun nom ne
désigne le sentiment de marcher à l’ennemi, et pourtant
il est aussi spécifique, aussi fort que le désir sexuel
ou l’angoisse (Michaux). Affronter, ou confronter l’ennemi auraient
peut-être convenu, mais la périphrase produit ici un effet
de soulignement.
Une
autre fonction de la périphrase est celle de la compensation,
ou correction, que Lausberg ramène à l’anthorisme :
Il faut vous oublier, ou plutôt vous haïr (Racine).
Lexis
donne pour synonymes de périphrase la circonlocution
et l’euphémisme.
On pourrait ajouter qu’elle facilite la litote,
de même que la métaphore.
PERSONNIFICATION
Faire
d’un être inanimé ou d’une abstraction un personnage réel.
Ex.
: L’Habitude venait me prendre dans ses bras et me portait jusque
dans mon lit comme un petit enfant (Proust).
Syn.
: Animisme.
Fontanier
précise que cette figure a lieu par métonymie,
métaphore et synecdoque.
La personnification a en effet un thème (non-personne) et un
phore (une personne), entre lesquels le lien sera analogique, logique
ou de proximité. Si le thème est une personne, on aura
une antonomase.
Si le phore est multiple, on aura une allégorie.
La
majuscule, qui est la marque des noms propres, peut jouer un rôle
de soulignement : L’Idéal, c’est la Famille, c’est la Patrie,
c’est l’Art (Queneau, Le chiendent).
PLEONASME
Surabondance
de termes, donnant plus de force à l’expression.
Ex.
: Je l’ai vu de mes yeux et je l’ai entendu de mes oreilles.
Emploi
de mots inutiles, défaut qui tend à la battologie
: La plus triste vieillesse m’accable de son poids pesant (Duval).
On
peut distinguer plusieurs formes proches :
Périssologie
: pléonasme vicieux.
Redondance
: redoublement de l’idée dans deux phrases ou membres de
phrase.
Tautologie
: le prédicat ne dit rien de plus que le thème.
Pléonasme
: redoublement de l’idée dans deux mots du même membre
de phrase.
Pléonasme
et redondance sont considérés comme des procédés
de style, alors que la périssologie est un vice d’élocution,
sauf si elle est employée dans des contextes précis, tels
que l’humour, le persiflage, l’ironie, la ridiculisation : Il est
descendu en bas puis monté en haut; Je l’avais prévu d’avance,
sont plutôt des périssologies, alors que : Il ajouta
quelques détails de plus est un pléonasme, qui est
un mode de soulignement.
PREMUNITION
Précaution
oratoire par laquelle on prépare ses auditeurs ou lecteurs à
une annonce qui pourrait les choquer, ou les blesser.
Ex.
: Ô vous, lecteurs curieux de la grande histoire… écoutez-en
l’horrible tragédie et vous abstenez de frémir si vous
pouvez (Rousseau, Confessions).
Analogue
et par extension : Avertissement. Figure proche : Apostrophe.
PRETERITION
(lat.
praeteriotio, omission)
Moyen
paradoxal : Feindre de ne pas vouloir dire ce que néanmoins on
dit clairement et souvent même avec force (Dupriez).
Autre
déf. : On affirme ne pas vouloir parler d’une chose dont on parle
pourtant par ce moyen (Lexis).
Ex.
: Je ne voudrais pas avoir l’air de faire de la publicité,
mais il faut bien dire que la Renault est la meilleure des voitures
les moins chères.
Syn.
: Prétermission, paralipse, feinte.
Dupriez
classe parmi les demi-prétéritions des formules telles
que : Je n’ai pas à vous rappeler que… Inutile de vous dire
que…ou : M. Dupont, pour ne pas le nommer…qui sont des formes
d’atténuation pouvant déclarer un euphémisme
: La morgue est un endroit peu engageant, pour ne pas dire lugubre,
surtout la nuit (Joyce).
Un
autre type de prétérition consiste à feindre de
ne pas vouloir faire ce que l’on fait néanmoins : Ce n’est
pas pour vous décourager mais…
Pour
Reboul, la prérérition est une figure d’énonciation,
très proche de l’éposiopèse, consistant à
dire qu’on ne parlera pas d’une chose afin de mieux attirer l’attention
sur elle : Et je ne dirai rien de mon inépuisable générosité.
Il cite le TA, pour lequel la prétérition est "le
sacrifice imaginaire d’un argument".
PROLEPSE
Prévenir,
réfuter une objection ou une critique en les faisant à
soi-même et en les détruisant d’avance.
La
prolepse est souvent amenée par des expressions telles que :
on dira que… on objectera que… vous me direz que……me direz-vous…
etc…
Analogue
: Anticipation.
Dupriez
précise qu’il y a deux parties dans la prolepse : dans la première,
on fait parler l’adversaire, en insérant par exemple un direz-vous
dans l’énoncé de l’objection, c’est la prolepse proprement
dite. Dans la seconde partie, on réfute, c’est l’upobole.
Reboul
classe la prolepse parmi les figures d’argument, elle devance l’argument
(réel ou fictif) de l’adversaire pour le retourner contre lui
: On nous dira que…
REDONDANCE
(lat.
redundantia, surabondance d’humeur).
Redoublement
expressif de l’idée par deux phrases proches.
Ex.
: Ce qu’il faut à tout prix, qui règne et qui demeure
/ Ce n’est pas la méchanceté, c’est la bonté
(Verlaine).
Syn.
: Réduplication, redoublement.
L’acception
générale, y compris pour les anciens, est cependant péjorative,
la redondance étant considérée comme un vice ou
un défaut : abondance superflue de mots, excès d’ornements
dans un texte, dans un discours.
Péj.
: Superfluité, verbiage, baroquisme,
battologie, périssologie, pléonasme
vicieux, grandiloquence.
S’il
y a redondance dans les mêmes termes, c’est une homéologie;
s’ils sont différents, c’est une macrologie.
SOLECISME
(soloikismos, de Soles, ville de Cilicie où
les colons athéniens parlaient un grec incorrect).
Emploi
fautif dans un certain contexte de formes linguistiques par ailleurs
existantes.
Exemples
: Je suis été au cinéma hier soir. Je
ne me rappelle de rien. Je veux qu’il vient.
Autres
noms : Agrammaticalité, antiptose (figure de grammaire pour une
autre), syllepse grammaticale. Le barbarisme
toutefois est une faute absolue.
SOPHISME
(sophia,
sagesse).
Raisonnement
logique en apparence, mais faux en réalité, conçu
ou non avec l’intention d’induire en erreur.
Ex.
: Grâce à Pasteur, il y a plus de petits vieux malheureux
et de petites vieilles malheureuses sur la terre qu’il n’y en aurait
(Ducharme, le Nez qui voque).
Analogues
: Paralogisme, argument spécieux, raisonnement captieux.
Le sophisme peut aller jusqu’à l’antilogie.
Le
sophisme est un paralogisme de mauvaise foi, par lequel on a l’intention
de tromper. Le sens péjoratif du terme est dû à
Socrate, qui dénonce l’hypocrisie des sages, ou sophistes. Le
vrai sage sait que la sagesse, comme la vérité, est un
idéal qu’il faut chercher sans cesse, il est donc ami de la sagesse
(philo-sophe).
Reboul
définit le sophisme comme raisonnement apparent, mais qui n’est
qu’abusif, faute de respecter les règles de la logique. Il peut
apparaître déplié sous forme de syllogisme
:
Ex.
1 : Hitler était pour l’euthanasie; vous aussi; donc vous
êtes hitlérien. (A=B, C=B, d’où C=A)
Ex.
2 : Boire apaise la soif; le sel fait boire; donc le sel apaise la
soif. (A=B, C=A, d’où C=B)
Ex.
3 : Tout ce qui est rare est cher; or un bon cheval bon marché
est rare; donc un bon cheval bon marché est cher. (A=B, C=A,
d’où C=B)
Ex.
4 : Une ligne est une droite; une courbe est une ligne; donc une
une courbe est une droite (A=B, C=A, d’où C=B)
Les
exemples 2, 3 et 4 sont des syllogismes valides (A=B, C=A, d’où
C=B), mais leurs conclusions sont absurdes parce que leurs prémisses
(majeure) sont fausses.
SUBSTITUTION
Substituer,
remplacer certains mots par d’autres (inverses ou inattendus) dans une
formule, un syntagme figé, un proverbe, un cliché, une
citation, une idée reçue etc.
Ex.
1 : Mes efforts ont déjà porté des légumes
(Ducharme, l’Océantume).
Ex.
2 : Quand la raison n’est pas là, les souris dansent (Eluard).
Analogue
: Paraplasme.
Tardieu
s’est exercé : Quoi, vous ici cher comte ? Quelle bonne tulipe
! Vous venez renflouer votre chère pitance ? Mais comment donc
êtes-vous bardé ? Le procédé repose sur
la substitution d’un mot pour un autre, en s’appuyant sur une isotopie
attendue. Cependant, si le sens est toujours sous-jacent avec le mot
tulipe, il devient toutefois plus difficile à cerner dans la
suite, ou du moins se prête-t-il à plusieurs interprétations.
La
substitution peut rafraîchir des clichés,
des citations. Autour de la formule célèbre de Breton
: La beauté sera convulsive ou ne sera pas, il a été
créé : La poésie française sera métrique
ou ne sera pas (Souriau), puis : Le vingt-et-unième siècle
sera spirituel ou ne sera pas (Malraux).
Valéry
qualifie le procédé par une autre formule : Descendre
un perroquet, c’est-à-dire provoquer la reprise d’une phrase
ou d’une expression célèbre en la pliant à un sens
nouveau : Je distingue… c’est le propre de moi, pour rire
est le propre de l’homme.
Desnos
a donné pour titre à l’un de ses recueils Deuil pour
Deuil, d’après la formule oeil pour oeil et dent pour
dent.
Il
existe aussi le paragramme, qui est la substitution graphique
de lettres.
SYLLEPSE
DE SENS
(sullêpsis,
compréhension, laisser ensemble)
Figure
par laquelle un mot est employé à la fois au sens propre
et au sens figuré.
La
syllepse de sens est fréquente dans le jeu de mots : Nos petites
cuillères n'ayant rien à voir avec des médicaments,
nous prions notre aimable clientèle de ne pas les prendre après
les repas. (Jean-Charles)
Le
procédé est utilisé pour les définitions
de mots-croisés par exemple, ou dans les devinettes : Quel
est le comble de l'habileté pour un plongeur sur un paquebot
? - Essuyer une tempête.
SYLLOGISME
Argument,
raisonnement qui comprend trois propositions : la majeure, la mineure
et la conclusion. La conclusion est déduite de la majeure par
l’intermédiaire de la mineure selon la formule suivante : A=B,
C=A, d’où C=B.
Ex.
1 : Les vêtements chauds sont faits pour être mis quand
il fait froid (majeure); or il fait froid (mineure); donc
il faut mettre des vêtements chauds (conclusion).
Ex.
2 : Tous les hommes sont mortels; Socrate est un homme; donc Socrate
est mortel. Ce syllogisme est détourné par Ionesco
: Les chats sont mortels; Socrate est mortel; donc Socrate est un
chat.
Reboul
distingue le syllogisme démonstratif, qui part de prémisses
évidents et qui prouvent leur conclusion en l’expliquant de manière
indubitable; puis le syllogisme dialectique, qui part de prémisses
simplement probables, les endoxa (ce qui paraît vrai à
la majorité). L’endoxon s’oppose au paradoxon,
qui contredit l’opinion admise.
Reboul
définit l’enthymème comme un syllogisme rigoureux et abrégé,
qui repose sur des prémisses seulement probables (endoxa)
et qui peuvent rester implicites : Il est faillible puisqu’il est
homme. Dupriez voit dans l’enthymème un type de raisonnement
qui semble n’avoir qu’un argument (prémisses et conclusion sont
sous-entendus) : Nicolouchka ne doit pas sortir aujourd’hui, il fait
trop froid (Dostoïevski). L’enthymème est fréquent
en philosophie : Je pense donc je suis, et en littérature
: L’amour ne dure pas, donc je te recommence (P. Perrault).
Le
syllogisme est un moyen commode de convoyer un sophisme
: Vous n’êtes pas ce que je suis; je suis homme; donc vous
n’êtes pas un homme.
SYMBOLE
(lat.
symbolus, grec sumbolon, signe, marque).
Dupriez
fait une distinction entre trois types de réalisation de symboles
:
- Un texte,
auquel son auteur attribue un sens dans le cadre d’une isotopie (thème,
sujet) plus générale. Il s’établit alors deux
niveaux d’isotopie, l’un évident, l’autre symbolique; l’un
à la dimension du mot (ou de la phrase), l’autre à la
dimension de la phrase (ou du texte).
-
Un
geste ou un objet auxquels la tradition culturelle attribue un sens
particulier dans le cadre d’une isotopie plus générale.
Ex. : le salut militaire, l’échange des anneaux dans le mariage,
le "signe de la croix", le langage des fleurs, la symbolique
des nombres etc. Dans ce type de symbole, le passage d’un terme à
l’autre s’effectue par analogie, mais aussi pas métonymie
ou synecdoque, ou en vertu d’une
pure convention : la tourterelle, pour la fidélité en
amour; la colombe, pour la paix. Si l’objet représente un ensemble
de valeurs, on parle d’emblème; s’il indique une appartenance
un groupe, un institution, on parle d’insigne.
-
Un
signe graphique, auquel les spécialistes attribuent un sens
dans l’isotopie (univers de discours) de leur science ou de leur technique
particulière. Ex. : les signes du zodiaque, le code de la route,
les légendes des cartes etc. Lorsque le signe graphique reproduit
plus ou moins la forme du signifié, on a un dessin, une icône,
et non un symbole. Quand la forme du signifié n’est plus clairement
perçue, on aura alors un symbole.
SYNCOPE
(sugkopé,
de sugkoptein, briser).
Retranchement
d’une lettre ou d’une syllabe au milieu d’un mot.
Procédé
fréquent pour rendre la langue parlée : M’sieur, M’dame,
M’man, P’pa, B’soir etc.
Voir
à métaplasme.
SYNECDOQUE
(lat.
synecdoche, grec sunekdokhê, compréhension
simultanée).
Trope
qui permet de désigner quelque chose par un terme dont le sens
inclut celui du terme propre ou est inclu par lui : une voile
ou une poupe pour un navire, l’airain pour les canons.
Ce type de synecdoque est une sorte de gros plan sur un détail.
Ex.
1 : Il regarde (…) grimper sur la côte les guêtres du
voyageur (Lautréamont).
Ex.
2 : Un arbre par dessus le toit / berce sa palme (Verlaine).
Autre
déf. : Procédé qui consiste à prendre la
partie pour le tout : Payer 30 francs par tête, pour par
personne; le tout pour la partie : Acheter un vison pour un manteau
en peau de vison; le genre pour l’espèce, l’espèce pour
le genre (Lexis).
La
synecdoque introduit une distance. On peut en énumérer
différentes sortes :
-
La partie pour le tout : J’ignore le destin d’une tête si chère
(Racine); Les épis pour les blés; Quinze printemps
pour quinze ans; La Providence pour Dieu.
-
La matière pour l’être ou l’objet : Etre mis aux fers
pour être mis en prison; Vous êtes le sang d’Atrée
pour son fils.
-
Le singulier pour le pluriel (ou l’inverse) : L’ennemi pour les
ennemis; L’enfant aime le sucre pour les enfants; Il fut loin
d’imiter la grandeur des Colbert (Voltaire) pour de Colbert (pluriel
emphatique).
-
Le genre pour l’espèce : L’arbre tient bon, le roseau plie
(La Fontaine) pour le chêne;
-
L’espèce pour le genre : Refuser du pain pour la nourriture.
-
L’abstrait pour le concret : Celle dont la fureur poursuivit votre
enfance (Racine); Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l’âge
pour n’épargnera ni femmes ni vieillards.
-
Le nom commun pour le nom propre (ou inversement), ou un nom propre
pour un nom propre : il s’agit alors en fait d’une antonomase.
Selon
Reboul la synecdoque est une figure consistant à désigner
une chose par une autre ayant avec elle un rapport de nécessité
: le genre pour l’espèce (ou l’inverse) cent mortels,
la partie pour le tout (ou l’inverse) cent têtes. Pour
hommes, on dira mortels (genre), ou têtes (partie).
Elle est la figure qui condense un exemple, elle est très courante
en pédagogie : le triangle pour tous les triangles, le
sonnet pour tous les sonnets, le verbe pour tous les verbes.
Elle sert aussi à la propagande: le parti des travailleurs,
synecdoque de la partie; en fait, rien ne prouve que le parti en question
représente tous les travailleurs.
SYNERESE
(sunairesis,
rapprochement).
Contraction
de deux voyelles contiguës en une seule, formant une syllabe longue,
e.g., le mot oui est prononcé [wi] plutôt que [u-i].
C’est une variété de la contraction.
La synalèphe est l’élision de la voyelle de l’article
défini ou d’autres déterminants en français, devant
une voyelle ou un h muet : l’article, l’hôte, c’est.
La
synérèse est le contraire de la diérèse.
Voir à métaplasme.
TAUTOLOGIE
Vice
logique consistant à présenter comme ayant un sens une
proposition dont le prédicat ne dit rien de plus que le thème
(Robert).
Autre
déf. : Négligence de style qui consiste à présenter
comme des idées différentes ce qui, en réalité,
est la même idée sous plusieurs formes (Lexis). Antonyme
: Antilogie.
La
tautologie se retrouve souvent dans une répétition de
mots qui s’auto-désignent (autonymie) : La vie c’est la vie;
Il faut appeler un chat un chat; On est comme on est;
Elle
est présente dans des formules consacrées : Vente faite
et consommée.
Elle
est souvent accompagnée d’une diaphore
: La terre au goût de femme faite femme (Saint-John Perse).
La
tautologie peut exprimer le soulignement et l’augmentation. L’addition
de sèmes supplémentaires est alors rendue par le ton ou
le graphie : Lorsqu’il s’énerve, il s’énerve. Trois
millions, c’est un chiffre !
Au
contraire, sous la forme d’un truisme, elle exprime une atténuation,
une litote : Le passé est le
passé et le présent est le présent laisse entendre
que les manières d’autrefois ne sont plus valables aujourd’hui
et que c’est regrettable. Dans cet exemple, il s’agit en fait d’une
pseudo-tautologie.
Reboul
définit comme une tautologie apparente (ou pseudo-tautologie)
un argument consistant à répéter un mot avec deux
sens un peu différents, tout comme s’ils ne l’étaient
pas : Une femme est une femme; Les affaires sont les affaires.
L’attribut n’a en effet pas tout à fait le même sens que
le sujet : une femme (un être féminin) est une femme
(un être faible, trompeur etc.). Formes proches : Périssologie,
pléonasme, redondance,
battologie.
TELESCOPAGE
Condenser
en une seule deux phrases ayant un syntagme identique.
Ex.
: Soldats de Fontenoy, vous n’êtes pas tombés dans l’oreille
d’un sourd (Prévert). Il s’agit d’une sorte de "phrase-valise"
pour dire : Vous soldats qui êtes tombés sur le champ de
bataille, votre mort ne sera pas inutile (= elle n’est pas "tombée
dans l’oreille d’un sourd").
Le
télescopage peut créer des dissociations : La
pendule sonne deux coups de couteaux (Eluard).
VERBIAGE
(moyen
français, verbier, gazouiller).
Abondance
de paroles, qui disent peu de chose.
Ionesco
en fournit un exemple dans la Cantatrice chauve :
Mr
Smith : - Le coeur n’a pas d’âge. (Silence)
Mr Martin : - C’est vrai. (Silence)
Mr Smith : - On le dit. (Silence)
Mr Martin : - On dit aussi le contraire. (Silence)
Mr Smith : - La vérité est entre les
deux. (Silence)
Mr Martin : - C’est juste. (Silence)
Syn.
: Bavardage.
Analogues
: Discours creux, verbosité, verbomanie, verbalisme, garrulité,
diffluence (texte diffus, sans vigueur).
Dupriez
préfère distinguer le verbiage de la verbigération,
en ce sens qu’il est plus difficile de produire un texte qui n’a pas
de signification – comme c’est le cas pour la verbigération,
que de parler pour ne rien dire, ou produire un texte qui ne signifie
rien de précis. Ce qui caractérise le verbiage, c’est
l’absence de denotatum (objet réel visé), ce qui
cantonne les propos dans l’indétermination.
Le
verbiage n’est pas éloigné de la battologie et
de la redondance.
Il
y des formes qu’on peut qualifier de demi-verbiage : la prolixité,
la loquacité, le bagou, la faconde, la volubilité.
ZEUGME
(zeugma,
joug, lien).
Procédé
qui consiste à rattacher grammaticalement deux ou plusieurs noms
à un adjectif ou à un verbe qui, logiquement, ne se rapporte
qu’à l’un des noms.
Ex.
: En achevant ces mots, Damoclès tira de sa poitrine un soupir
et de sa redingote une enveloppe jaune et salie (Gide).
Reboul
définit le zeugme comme une figure de construction unissant deux
termes sous un troisième, que cette union rend étrange.
Ainsi Hugo soulignant la bravoure des soldats de l’an deux : L’âme
sans épouvante, et les pieds sans souliers !
Autre
ex. : La dame était rentrée en larmes et en taxi.
Pour
Dupriez, le zeugme est une figure de syntaxe qui consiste à réunir
plusieurs membres de phrases au moyen d’un élément qu’ils
ont en commun et qu’on ne répétera pas. Le zeugme comprend
l’adjonction et la disjonction.
On
peut distinguer un zeugme simple et un zeugme composé :
Ex.
1 : La gare était pleine de gens, la rue de voitures, la ville
de rumeur. Le mot sous-entendu [pleine] est celui qui a été
exprimé.
Ex.
2 : La tête est tiède, les mains froides, les jambes
glacées (Giraudoux). Dans ce cas, le mot sous-entendu [sont]
n’est pas conforme au terme exprimé [est].
Le
zeugme est une forme de brachylogie,
ou d’ellipse.
Certains
zeugmes entraînent une anacoluthe : J’ai l’estomac fragile
et horreur du graillon (Romains).
Ils
peuvent aussi réveiller des expressions stéréotypées
: Tambour et gifles battantes.
Autre
ex. : A défaut de sonnette, ils tirent la langue (Valéry).
Le
zeugme réunit parfois un terme abstrait et un terme concret.
Il est ainsi nommé zeugme sémantique ou encore attelage
: Vêtu de probité candide et de lin blanc (Hugo).
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