Madame
Butterfly est l'opéra préféré de Puccini, "le plus sincère et le plus évocateur que
j'aie jamais conçu", déclarait-il. Cet ouvrage marque
un retour, après Manon Lescaut, La Bohème
et Tosca, au drame psychologique, à l'intimisme, à
la profondeur des sentiments. Imprégné de la culture et
des rites japonais, d'une qualité musicale remarquable, Madame
Butterfly a connu, et connaît encore, un immense succès
sur les scènes lyriques à travers le monde.
Premier acte
Le
drame se situe à Nagasaki, au début du 20e siècle.
Pinkerton, jeune officier de la marine américaine, loue une maison
sur une colline, face à la mer. Le contrat qu’il signe lui assure
un bail de 999 ans qu’il peut rompre chaque mois à sa volonté.
Pour agrémenter son séjour au Japon, Pinkerton arrange
par les services de l’entremetteur Goro un mariage avec Cio Cio San,
surnommée Madame Butterfly, pour l’éclat de sa beauté
et sa fragilité. La jeune geisha n’a que quinze ans, sa famille
a été ruinée et son père s’est suicidé
sur ordre de l’empereur. Cio Cio veut croire en ce mariage, car elle
aime Pinkerton. Elle est moquée par ses amis, puis reniée
par tous lorsqu’elle confesse qu’elle s’est convertie au christianisme
pour épouser Pinkerton. Son bonheur est dans l’avenir d’une vie
commune avec Pinkerton. L’Américain lui, ne voit qu’un jeu dans
cette union, une commodité exquise pour une saison magnifique
au Japon. Ce qui unit ces deux êtres si dissemblables et aux intentions
si différentes, c’est une passion immédiate et sincère
pour l’un l’autre.
Second acte
A
l’hiver, Pinkerton part en mission, laissant son épouse et sa
servante Suzuki dans la maison face à la mer. Pendant trois années,
au cours desquelles sa situation économique ne cesse de se détériorer,
Cio Cio attend son mari américain qui lui a promis de rentrer
au printemps, "avec les roses et les rouges-gorges". Elle
repousse toutes les propositions qu’elle reçoit pour des mariages
avantageux et une vie plus honorable. Chaque jour, elle regarde la mer
pour apercevoir la fumée d’un navire. Elle croit au retour de
Pinkerton, car il a fait installer des serrures à la maison,
et elle y voit la preuve qu’il veut la garder et la protéger.
Un matin, Sharpless, le consul américain, apporte une lettre
de Pinkerton, qui annonce qu’il ne rentrera pas. Cio Cio est effondrée,
et elle révèle au consul qu’un enfant est né peu
après le départ de Pinkerton, qui ignore qu’il a un fils
au Japon. Malgré sa douleur, cet enfant donne à Cio Cio
la conviction intime que Pinkerton reviendra.
Troisième acte
Un
jour, un navire américain rentre au port de Nagasaki, et Cio
Cio ne doute pas un instant qu’il ramène Pinkerton. Elle décore
sa maison de toutes les fleurs de son jardin et attend son mari toute
la nuit. Epuisée, elle s’endort au matin. C’est à ce moment
que Pinkerton apparaît, accompagné de son épouse
américaine Kate et de Sharpless, le consul. L’officier américain
réalise sa faute, sa légèreté et le chagrin
qu’il cause à la jeune japonaise, mais il n’a pas le courage
de la confronter. Il s’enfuit, tandis que sa "vraie femme"
et le consul négocient avec la servante le retour de l’enfant
aux Etats-Unis. Lorsque Cio Cio se réveille et qu’elle comprend
enfin la situation, elle accepte avec dignité d’abandonner son
enfant à Kate pour le sauver de l’opprobre d’une vie au Japon
mais demande que Pinkerton vienne chercher son fils lui-même,
une demi-heure plus tard. Après un adieu tragique à son
fils, Madame Butterfly va chercher le poignard de son père et
se tue. Au moment où elle meurt, Pinkerton, saisi par les remords,
arrive en criant le nom de son épouse japonaise.
Sur
le poignard qui a retiré la vie à Cio Cio, cette phrase
était inscrite :
"Qui
ne peut vivre dans l'honneur doit mourir avec honneur."
Notes
Puccini
s’est inspiré pour son opéra d’une pièce de David
Belasco montée en 1902 et qu’il avait beaucoup admirée.
Cette pièce était elle-mème tirée d'une
nouvelle de l'écrivain américain John Luther Long. Plus
récemment, Madame Butterfly a encore inspiré le
très populaire drame musical Miss Saïgon, de Boublil
et Schonberg.
Le
thème de l’épouse orientale du voyageur occidental est
ancien. Il apparaît bien sûr dans le roman de Pierre Loti, Madame Chrysanthème (1888), qui a été repris
sur la scène musicale par le compositeur français André
Messager, dans une oeuvre du mème nom (1893). Il faut noter toutefois
que Chrysanthème est très différente de Butterfly,
car la première ne semble pas regretter le départ de son
époux de passage : au moment de la quitter, Loti surprend Chrysanthème
en train de vérifier et compter les pièces d’argent qu’il
lui a remis la veille. Par ailleurs, la légende de Okichi
l’étrangère est bien connue au Japon : cette célèbre
geisha de Shimoda avait été forcée à se
mettre au service de Townsend Harris, premier consul américain
au Japon, en 1857. Okichi avait accepté de faire ce sacrifice
tout en sachant qu’elle serait déshonorée et méprisée
par ses compatriotes, qui la considèreraient désormais
comme une rashamen (mouton). D’autre part, on sait que pendant
l’occupation américaine du Japon de 1945 à 1951, beaucoup
d’enfants nés d’amours passagères avec des soldats ont
été abandonnés, ou tués, car leurs mères
japonaises ne pouvaient faire face ni à la honte ni au fardeau
économique des ces enfants illicites.
Film
: Madame Butterfly (1996, 130mn), de Frédéric Mitterrand,
direction musicale de James Conlon. Avec Ying Huang (Cio Cio San) et
Richard Troxell (Pinkerton).
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